La Chine de l’enfant unique

La Chine de l'enfant unique

Avoir 20 ans en Chine

C’est l’été, les vacances appellent au voyage alors je vous emmène faire un tour en Chine ! L’Occident a toujours oscillé entre crainte et fascination pour ce grand pays. 1,3 milliard d’habitants, deuxième puissance économique et troisième pays du monde par sa superficie, la Chine impressionne. Si aujourd’hui nous avons conscience que toutes les sociétés qui atteignent un niveau de développement élevé voit sa démographie naturellement diminuer, à l’époque de Deng Xiaoping (1978), la politique de contrôle des naissances était vue comme une urgence économique et bénéficiait d’un soutien considérable en occident.

Structure familiale

Une génération. Une génération s’est écoulée depuis la mise en place de la politique de l’enfant unique. L’enfant roi de la Chine urbaine fait face à une situation autant stressante qu’inédite. Alors que leurs parents comptaient en moyenne 5 ou 6 frères et sœurs, ils sont seuls pour assumer le rôle de descendant. D’ les surnoms de « petit empereur » ou « petite princesse » ou bien de « petits soleils ». La famille se structure en « 4-2-1 » : 4 grands-parents et 2 parents prennent soin d’un seul enfant. Quelles sont les conséquences de la politique de natalité menée par le Parti ?

La Chine de l'enfant unique

Et bien, les deux maux principaux qui découlent de cette situation sont la surprotection familiale et la solitude ressentie par les enfants. C’est pour y remédier que certains parents de milieux aisés choisissent d’envoyer leur progéniture dans des internats privés. Vers 6 ans, les « petits empereurs » se retrouvent soudainement dans un environnement radicalement différent. Habitué à être au centre de l’attention de tous les adultes de leur entourage tout en ayant très peu de contrainte, ils deviennent soudainement anonymes au milieu de 40 à 50 enfants, tout aussi « uniques » qu’eux et dirigés par un seul adulte, le professeur. Certain ressentent alors un véritable sentiment d’abandon.

Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que traditionnellement, seul le garçon peut perpétuer la lignée et le culte des ancêtres. Les filles ne sont membres de leur famille que temporairement. Elles sont destinées à la quitter pour appartenir à celle de leur mari, dans laquelle elles acquièrent le statut d’ancêtre. Du coup, dans les campagnes, les traditions mettent plus de temps à s’adapter, on compte un déséquilibre important des sexes : 125 garçons pour 100 filles.

La Chine de l'enfant unique
A Chinese man lifts his child onto his shoulders as they pose for a picture in front of a portrait of late communist leader Mao Zedong in Beijing, China, Thursday, Jan 6, 2005. A baby boy delivered in a Beijing maternity ward early Thursday became China’s 1.3 billionth citizen, the government said, using the occasion to tout its contentious one-child policy. China imposed a policy of allowing one child per family about 30 years ago, following a post- World War II baby boom. (AP Photo/Ng Han Guan)

Un choc des générations

Les parents chinois de la première génération d’enfants uniques ont connus la Révolution culturelle, période noire de l’histoire du communisme durant laquelle les écoles étaient fermées, les professeurs persécutés et envoyés à la campagne pour y être « rééduqués » par les paysans. Pendant leur jeunesse, les seuls sentiments honorables étaient ceux voués au Parti et à Mao. L’individualité se dissolvait au profit du collectif. Les enfants uniques nés après la mort de Mao (1976) ont grandis dans la Chine des réformes et de l’ouverture sur l’étranger. Ils aiment la junk-food et expriment avec force ce qu’ils ressentent. Bien que le gouvernement se réclame toujours marxiste, un socialisme de marché est désormais prôné. La population est encouragée à s’enrichir et le pays se retrouve de plus en plus intégré dans un processus de mondialisation. Les jeunes chinois grandissent donc dans un contexte familial bien différent de celui des leurs ainés, mais aussi dans une société gouvernée par des idéologies politiques et économiques radicalement autres. Et le fossé se creuse entre les uns et les autres.

Pression sociale

Oui, les enfants uniques vivent dans des conditions matérielles bien meilleures que leurs parents. Ils ont appris à exprimer leur individualité. Mais la pression familiale et sociale qui pèse sur eux est un fardeau lourd à porter.

A l’âge adulte, chaque couple d’enfants uniques risque de se retrouver avec quatre personnes âgées à charge. La réussite scolaire est donc essentielle pour décrocher un emploi qui permette de gagner suffisamment d’argent. Pour leur donner une chance supplémentaire, les parents inscrivent, dans la mesure de leurs moyens, les enfants à des cours extra-scolaires, le soir, le weekend ou pendant les vacances ; notamment en anglais, langue du commerce international. Les « petits empereurs » n’ont pas droit à l’erreur, la survie économique de la famille dépend de leur seule réussite. A cela s’ajoute la volonté de l’Etat qui leur demande de devenir des citoyens utiles au pays, c’est-à-dire des entrepreneurs créatifs et des scientifiques innovants capables de mener la Chine au succès. Une tension croissante accompagne le jeune chinois urbain tout au long de sa scolarité. Les « petites princesses » sont elles aussi poussées à faire des études dans la mesure se sont elles qui seront amenées à jouer le rôle des frères qu’elles n’ont pas, en prenant financièrement en charge leurs parents et en assumant la piété filiale comme les garçons.

La Chine de l'enfant unique

Finalement, la situation a donnée naissance à l’égalité forcée entre les sexes. Dans la société traditionnelle le genre défini ses qualités et ses devoirs spécifiques, la Chine urbaine a façonné ses enfants à l’image de ses besoins, non sans souffrances. Certains enfants uniques adoptent volontairement un style androgyne afin de donner en miroir la double responsabilité imposée par leur situation. Le taux de suicide est l’un des plus élevé du monde. Il est la première cause de décès chez les 15-34 ans. L’isolement, la solitude, la pression sociale a transformé toute une génération en web junkies. Depuis le début des années 2000 et la révolution Internet, l’usage du numérique est devenue une échappatoire. Les cyber-cafés se sont multipliés à travers le pays et ils ont littéralement été pris d’assaut par les jeunes chinois, qui y assouvissent leur volonté d’exprimer leur individualité et d’échanger avec des pairs. Jeux en réseaux, blogs, forums, ils créés ainsi un monde plus ou moins virtuel dont les adultes sont exclus. Ils s’amusent également a créer de nouveaux codes graphiques incompréhensibles de leurs ainés et réinventent en somme l’écriture. Devenu un problème de santé publique, l’Etat légifère en 2002 pour limiter l’accès aux cyber-café. Ceux-ci ne doivent pas se situer à moins de 200m d’une école et l’entrée est normalement interdit aux mineurs. Des camps militaires servent de centre de désintox à la jeunesse chinoise qui s’est perdue. Pour combattre ce « fléau », quatre cents camps ont été créés dans lesquels s’enchaînent de rigoureux programmes d’entraînement physique et des séances de thérapie de groupe.

La Chine de l'enfant unique

En 30 ans, la Chine s’est considérablement transformée. Le pays, sur le chemin de la modernité, à accouché d’une génération d’enfants uniques à la recherche de nouvelles valeurs entre tradition maoïste et société de consommation. Le métissage des influences fait d’eux des traits d’union indispensables à la compréhension des cultures entre elles.

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