Mariage pour tous, 2 ans après

mariage pour tous, 2 ans après

L’égalité en marche

Aujourd’hui, entretien avec Doan Luu, porte-parole de l’Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens.

Alexandra : Bonjour Doan, pouvez-vous vous présenter brièvement et présenter l’asso?

Doan Luu : Bonjour Alexandra. Je suis le papa social d’une petite fille de 3 ans et demi, née dans le cadre d’une co-parentalité. Ce projet parental implique d’un côté un couple de femmes (ou une femme célibataire) et un couple d’hommes (ou un homme célibataire) ; il y a alors jusqu’à deux parents légaux et deux parents sociaux qui contribuent à l’éducation de l’enfant.

Notre association aura 30 ans en 2016 ; elle a créé le néologisme homoparentalité. Elle défend les intérêts des homosexuels qui souhaitent devenir parents ou qui le sont déjà, ainsi que ceux des enfants de ces derniers. Elle est nationale et structurée sous forme d’antennes régionales. Le niveau national interpelle les pouvoirs publiques, coordonne les actions des antennes et celles de plusieurs commissions comme celle qui se charge de conseiller les adhérents sur les aspects juridiques. Les antennes régionales ont aussi des relations avec les collectivités locales et le Grand public dans le cadre de rencontres associatives ; elles sont autonomes sur leurs programmes d’activités conviviales qui non seulement offrent la possibilité d’échanger sur tous les sujets de l’homoparentalité, mais qui permet aussi aux enfants de se rencontrer et de réaliser qu’ils ne sont pas les seuls à être élevés par des parents de même sexe.

 

Alexandra : Deux ans après, les « manifs pour tous » ont laissées des traces… J’ai l’impression que beaucoup de familles se font discrètes pour qu’on les laisse tranquille…

Doan : S’il est vrai que n’importe quelle famille cherche avant tout la tranquillité pour elle, nous avons l’impression que nos familles sont capables de se mobiliser pour continuer à revendiquer des droits légitimes. La loi mariage pour tous et adoption a effectivement permis des avancées historiques, mais il reste encore beaucoup à faire pour une pleine reconnaissance des familles homoparentales. Par exemple, lorsque les premières requêtes d’adoption intrafamiliale se sont vues rejetées par des magistrats conservateurs qui ne souhaitaient pas tirer toutes les conséquences de la loi mariage pour tous, plusieurs de nos adhérents se sont investis personnellement dans les médias pour clamer leurs indignations.

De plus, les violences des anti-mariage pour tous a stupéfait nos adhérents. Ce que réclamaient les homosexuels n’enlevait rien aux hétérosexuels et le débat démocratique devait être respecté. Certains enfants élevés par des familles homoparentales ont subi des stigmatisations du fait de la composition de leurs familles, de la part d’autres enfants qui répétaient ce qu’ils entendaient à la maison …

 

Alexandra : Faisons un point juridique: aujourd’hui quels sont les droits des homos?

Doan : La loi du 17 mai 2013 leur permet de se marier. Une fois mariés, le parent social (qu’on appelle aussi le beau-parent) peut adopter en la forme plénière l’enfant du couple. Ceci permet au parent social d’établir un lien de filiation entre l’enfant et lui. C’est une avancée majeure pour les familles homoparentales, car cela protège les liens entre l’enfant et son parent social dans les situations de décès du parent légal ou en cas de divorce. Jusqu’à présent, les couples (non-mariés) pouvaient recourir à une tutelle testamentaire rédigée par le parent légal désignant le parent social ; il pouvaient éventuellement recourir aussi à une délégation partage de l’autorité parentale dont la portée est très limitée. Cette adoption intrafamiliale est possible dans les situations de couples de femmes ayant eu recours à la PMA à l’étranger ou de couples dont l’une de deux personnes a bénéficié d’une adoption d’un enfant à l’international.

Enfin, les couples de même sexe mariés peuvent également obtenir un agrément en vue d’adopter conjointement un pupille de l’Etat et un enfant à l’international. Si les agréments semblent s’obtenir sans autre forme de procès, l’adoption conjointe se heurte au très faible effectif des enfants adoptables.

 

Alexandra : Qu’est-ce qui reste encore à faire?

Doan : L’adoption intrafamiliale ne peut se faire que dans le cadre d’un couple marié ; l’APGL revendique que le couple ait le choix d’y prétendre en dehors du mariage.

L’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires serait une mesure d’égalité vis à vis des couples hétérosexuels. A cette question, le Conseil consultatif national d’éthique, saisi début 2013 par le président de la République, devait y donner un avis. L’APGL attend toujours d’être auditionnée par le CCNE …

La pluri-parentalité, en particulier dans le cadre de la co-parentalité n’est pas prise en compte dans sa réalité. Les parents sociaux n’ont toujours pas d’existence légale, relégués au second plan, alors qu’ils ont participé au projet parental, contribuent affectivement et financièrement à l’éducation de l’enfant. De plus, cette question intéresserait aussi les familles recomposées.

Enfin, la situation des enfants nés dans le cadre d’une GPA n’est toujours pas réglée. Enfants nés d’un Français, ils ne sont pas reconnus français. De plus, alors qu’ils ont légalement un certificat de naissance établi à l’étranger, ils ne peuvent obtenir sa transcription sur les registres de l’Etat civil français. Enfin, l’APGL milite pour que la question de la GPA fasse l’objet d’états généraux, pour informer le Grand public de sa réalité.

 

Alexandra : Les asso ont pourtant le soutien du Parlement Européen et de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, alors qu’est-ce qui bloque en France?

Doan : La force de mobilisation des anti-mariage pour tous en France est une réalité et souligne le conservatisme dans notre pays. Toutefois, différents sondages indiquent que la société française est bienveillante vis à vis de l’homoparentalité. Les familles homoparentales rejoignent ainsi les autres familles de parents séparés, recomposées, monoparentales, et constituent ainsi les nouvelles familles, par opposition aux familles traditionnelles.

 

Alexandra : Ne faudrait-il pas plus communiquer pour faire tomber les idées reçues?

Doan : Il est certain que les actions de communications vers le Grand public sont essentielles. L’APGL par exemple, communique régulièrement par communiqué de presse vers les médias et les institutionnels. Des actions de visibilité sont aussi engagées, telles que des colloques, réunions publiques, témoignages dans les médias, … Ceci ne suffit pas et l’APGL tente aussi de dialoguer dans le cadre de structures fédérales telles que l’Union nationale des associations familiales et les structures correspondantes au niveau des départements, maintenant qu’elle y est acceptée. Siégeant à côté d’associations conservatrices, l’APGL saura se faire connaître et expliquera ses valeurs. Elle défendra les intérêts des familles.

 

Alexandra : L’école républicaine ne devrait-elle pas se positionner pour défendre des valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité? L’apprentissage de la tolérance ne passe t-il pas par l’école?

Doan : Dans les écoles et plus spécifiquement dans les conseils des écoles, siègent déjà des représentants élus par des parents dont des parents homosexuels. De plus, les enfants élevés par des familles homoparentales sont facilement identifiables et ils nouent des liens avec les autres enfants, en dehors de toute stigmatisation. Mais l’expérience de l’ABCD de l’égalité a montré que de traiter de telles questions à l’école pouvait être source de manipulation et de désinformation de la part des conservateurs.

 

Alexandra : Le mot de la fin?

Doan : Les politiques ont permis une avancée sociétale historique, mais ils ont laissé les familles homoparentales au milieu du guet. Beaucoup reste à faire pour une pleine prise en compte de la réalité de ces familles.

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